« Idle no more », le réveil des luttes autochtones au Canada

« Idle no more », qui se traduit plus ou moins par « fini la passivité »,  est un mouvement ayant débuté fin 2012  au sein des communautés autochtones du Canada, qui rencontre une sympathie dans les autres communautés américaines et au-delà.

idlenomore

A l’origine quatre femmes autochtones, Nina Wilson, Sheelah Mclean, Sylvia McAdam et Jessica Gordon se mobilisent contre la loi C45, devenue « loi pour l’emploi et la croissance », qui viole de nombreux traités. Le site CSIA-nitassinan  indique que cette loi entraînerait un « accès facilité des terres et des ressources autochtones aux intérêts privés extérieurs, des règles simplifiées de prise décision pour obtenir l’assentiment des communautés et une protection environnementale des eaux considérablement amoindrie ». La chef Theresa Spence de la communauté crie d’Attapiskat, a largement contribué à médiatiser ce mouvement, dont on parle encore trop peu en Europe, par une grève de la faim entamée le 11 décembre 2012.

idlenomore 1Le mouvement prend sans cesse de l’ampleur, alimenté par des manifestations, des blocages et autres actions collectives qui placent ce mouvement dans une certaine continuité du mouvement « Occupy ». Il reste cependant assez spécifique et marque une mobilisation assez inédite des autochtones pour ces dernières années.

Le mouvement, a été salué et encouragé depuis sa prison par Léonard Peltier, prisonnier politique Anishinabe/Lakota-Sioux, incarcéré depuis 1976 aux USA pour un crime qu’il n’a pas commis.

On peut lire la charte du mouvement Idle no more ici en Français  et ici en Anglais

idle-no-more 4idlenomore 2

«Dans tout mouvement de libération, il y a des luttes internes et des luttes externes»

Comme tout mouvement collectif, il y a bien sûr des éléments à critiquer, comme le souligne Zig-Zag, militant anticapitaliste et anti-colonial de la nation Kwakwaka’wakw, dans un entretien (en Anglais ici, traduit en Français ici). En premier lieu, les tentations de réduire le mouvement à la seule question de la loi C45, le besoin de réellement s’auto-organiser à la base et la question de l’anticolonialisme et du rapport aux non-autochtones.

Extraits : « Ça vise surtout des réformes politico-légales spécifiquement reliées au projet de loi C-45 (qui a été adopté au milieu du mois de décembre). Bien qu’il ait mobilisé des milliers d’autochtones, ce n’est que pour créer une pression politique sur le gouvernement  […] Pour qu’un réel mouvement autonome autochtone de base, décentralisé et auto-organisé, puisse prendre forme, le problème que représentent les élites de classe moyenne, incluant les conseils de bande, doit être résolu. Je dois dire aussi que dans tout mouvement de libération il existe des luttes internes et des luttes externes. Les luttes internes déterminent les méthodes et les objectifs généraux du mouvement et donc elles ne peuvent pas être réduites au silence ou marginalisées sous prétexte de préserver une «unité» non-existante. De fait, il ne peut y avoir de gains majeurs dans la lutte externe contre l’ennemi principal (l’État et le capital) avant que les luttes internes soient clarifiées. […] Leur mobilisation sous les slogans de « stop bill c-45″ («arrêtons le projet de loi C-45»),  »defend land and water » («défendons la terre et l’eau»), etc., sont des aspects positifs d’INM et démontrent un grand potentiel pour des mouvements de base.[…]

Aboriginal Protests 20121223

La première priorité et le principal focus d’un mouvement de libération anticoloniale se doivent d’être ses propres personnes. C’est comme cela qu’il développe ses méthodes et ses pratiques autonomes, libre de toute ingérence de l’extérieur. Cela aide à unifier le mouvement et à établir une force sociale indépendante. Les alliances sont clairement nécessaires, et bien que l’ultime but pourrait être un mouvement multinational de résistance, le colonialisme et leur histoire unique tout comme les conditions socioéconomiques des peuples autochtones indiquent la nécessité pour les autochtones d’être capables de s’organiser indépendamment des autres secteurs sociaux. […]  Je dirais que ces mobilisations sont en partie basées sur l’utilisation des médias sociaux pour faire circuler l’information et coordonner les actions. Certainement durant le Printemps arabe, Occupy et maintenant Idle No More, cela a été une composante significative de la mobilisation qui a eu lieu. Il apparaît que plus de gens ont été influencéEs par ces révoltes sociales et ces mobilisations, qu’elles/ils ont décidé d’agir d’une quelconque manière et que l’Internet leur a donné le pouvoir d’organiser des manifestations, etc. Pour faire cela, elles/ils n’ont pas besoin des groupes radicaux qui existent déjà et il est possible qu’elles/ils ne connaissent même pas leur existence. […]  À la fois dans Occupy et Idle No More, nous avons des organisateurs/organisatrices inexpérimentéEs qui croient qu’ils/elles ont réinventé la roue, qui sentent qu’ils/elles connaissent le mieux comment ces mouvements sociaux devraient se conduire, etc. Au mieux, ces mobilisations montrent comment une aspiration de changement social existe chez un nombre grandissant de personnes, mais que les médias sociaux leur permettent de faire fi des groupes ayant plus d’expérience et étant plus radicaux et leur naïveté les conduit à penser que ces groupes ont échoué parce qu’ils étaient trop radicaux. Alors, ils/elles en appellent aux slogans les plus simplistes et populistes, aux formes les moins menaçantes d’action, etc.

Si les groupes radicaux sont quelque peu déconnectés de ces types de mobilisations, je ne sais pas si je caractériserais ça comme un échec de leur part. […]  Je dirais que les groupes autochtones anticoloniaux doivent s’engager dans ces mouvements de manière critique et non simplement comme des cheerleaders. Quand de larges masses de gens sont mobilisées et en marche, ça signifie qu’elles/ils pensent et discutent des concepts comme le colonialisme, des tactiques, des stratégies, des méthodes, etc. Alors c’est un bon moment pour contribuer à des analyses radicales anticoloniales et anticapitalistes, même si certainEs participantEs de ce mouvement pourront penser que ces débats «divisent» les gens. J’éviterais de dénoncer ces mouvements ou de m’y opposer, cela va de soi, parce qu’ils comportent des aspects positifs et négatifs. Promouvoir le positif et essayer de mettre en lumière le négatif, les contradictions, etc. Comme plusieurs participantEs sont nouveaux/nouvelles et inexpérimentéEs, les groupes anticoloniaux ont beaucoup à contribuer pour étendre ces mouvements et à les radicaliser.

Site du mouvement Idle No More

 Idle No More sur le site du CSIA-nitassinan

Publicités
Cet article, publié dans Zones de rebellions, est tagué , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s